mercredi 2 juin 2010



Pour recevoir le certificat de Compostelle, il faut avoir fait les 100 derniers kilomètres à pieds. Alors, c’est ce que la plupart des gens font. Je me sens fatiguée, sale et vide à côté des pélerins frétillants qui n’ont fait que 100 km. Les 700 km que j’ai déjà avalés pèsent comme un bloc de béton.
Melide est à environ 55 km de Compostelle. Je pars le matin pour découvrir le soir que tous les lits sont pris par les « pélerins-des-derniers-100-km ». Dans une vague de folie je continue de marcher. Direction Santiago. J’arrive à 3h du matin, après
une marche magique et épuisante sous la lumière de la lune. La ville est pleine de gens parce que c’est vendredi mais le parvis devant l’église est vide.
La cathédrale est magnifique et je me sens presque sacrée, mes pieds sont détruits, gonflés et couverts d’une sorte de réaction allergique, mais je me sens purifiée.


Pèlerin dans une bulle d’air mentale, peregrina en su burbujas.
L’enfer commence environ 100km avant Santiago. Je crée une bulle d’air afin de me couper des foules de pélerins qui sortent de nulle part. La bataille pour trouver un lit commence. Les auberges sont pleines à craquer.

19/05/2010



100km de Saint-Jacques de Compostelle

15/05/2010 - O Cebreiro



La porte d’entrée vers la Galice, sur la montagne. On grimpe vers le sommet et on
se retrouve dans un piège touristique. C’est la première fois depuis mon départ que je vois des pélerins touristes: turigrinos. C’est aussi la première fois que je me sens pélerin. Les regards des gens font de moi un pélerin. On s’observe. Quelqu’un veut faire une photo de moi. Je me sens comme un animal en cage. Je me sens tout d’un coup sale et étrange.

15/05/2010 - O Cebreiro



Depuis qu’on est en Galice, il n’y a plus de paix. Partout des hordes de gens, des
groupes, des foules. Je me retire dans ma capsule mentale. Je me tais encore plus
qu’avant. Il n’y a plus rien à dire. Dans ma capsule, je me sens pleine, complète, sans hameçon. Je peux m’asseoir sur un rocher sous le soleil, sans plus. Lorsqu’on peut étirer ce sentiment, l’amener dans l’existence quotidienne, alors on est, je pense, heureux.

12/05/2010



La pluie à Rabanal. Caillant. Demain il neigera. Tous les pélerins trainent dans le dortoir. Tout le monde raconte son histoire. Il n’y a rien d’autre à faire.